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CSIA - Étude historique sur le terrain à Sedan avec le cours supérieur interarmes

Mise à jour : 28/11/2016  - Auteur :  CDEC/EMS/CSIA/LCL Christophe GUE, Professeur d’histoire militaire du CSIA  - Direction :  CDEC/DAD/Pub-comm

Du 2 au 4 novembre, le cours supérieur interarmes (CSIA) a effectué une étude historique sur le terrain (EHT) dans les Ardennes belges et la région de Sedan, pour s’y instruire sur les opérations qui décidèrent du sort de la guerre en 1940.

Une fois la percée allemande opérée à Sedan, les chances d’un rétablissement des armées alliées devinrent en effet insignifiantes. Il n’y avait pas de réserves opératives, comme pendant les offensives allemandes de 1918, alors que la mobilité de l’ennemi s’était considérablement accrue depuis cette époque.
La question se pose cependant encore aujourd’hui de savoir si la campagne était pour autant gagnée d’avance pour les Allemands, compte tenu des obstacles qu’ils devaient franchir avant de déboucher en terrain libre.
Tout en apportant des réponses à cette question d’ordre opératif, l’EHT « Sedan 1940 » visait à faire réfléchir les 32 officiers stagiaires du CSIA 130, ainsi que plusieurs auditeurs civils (issus du monde de l’entreprise, du milieu parlementaire et de la magistrature), au problème de l’application des principes de la guerre dans des circonstances tactiques pleines d’imprévu. Cette étude était également une bonne occasion de les entraîner au raisonnement tactique et à la prise de décision.

Les officiers stagiaires dans la peau des acteurs des événements

À cet effet, les participants qui avaient été répartis en équipes correspondant aux « camps » français et allemands étaient invités à réfléchir à vue du terrain, à partir des données de l’époque, aux décisions qu’ils auraient prises à la place des acteurs des événements. Dans cette optique, ils devaient procéder à l’analyse du cadre espace-temps et du rapport des forces pour les trois grandes phases des opérations étudiées : traversée des Ardennes par les Allemands, rupture de la position défensive de Meuse et contre-attaques françaises au sud de Sedan.

En 1940, l’optimisme initial des Français avait tout d’abord contrasté avec une certaine prudence du commandement allemand, dont les échelons supérieurs étaient hostiles à l’emploi des Panzer . Ce dernier avait ensuite pris de l’assurance, tandis que les Français, en proie aux hésitations croissantes créées par une incertitude de plus en plus grande, étaient entraînés dans un chaos que la « bataille conduite » préconisée par le haut commandement ne les avait pas préparés à affronter.
Certaines des solutions proposées par les officiers stagiaires furent proches des décisions prises en 1940, mais d’autres s’en distancièrent, tendant par là à montrer que l’histoire n’était pas entièrement écrite à l’avance. Ainsi, après avoir bien évalué les risques courus au regard des enjeux, l’une des équipes françaises fit le choix de maintenir l’une des contre-attaques de la 3e phase - qui fut annulée dans la réalité - en limitant simplement son ampleur afin de faire effort sur les objectifs les plus importants à portée immédiate. Des hauteurs de Stonne qui dominaient le champ de bataille, on imagina sans peine la crise qu’une charge, même désordonnée, des chars B1 bis et Hotchkiss H 39, surgissant en grondant des lisières des bois, n’aurait pas manqué de provoquer dans les rangs allemands si elle avait eu lieu.

L’EHT Sedan, partie intégrante de l’enseignement de la tactique

Les armements des forces terrestres ont certes beaucoup évolué depuis la Seconde Guerre mondiale, mais les grandes fonctions opérationnelles existaient déjà à cette époque et leur mise en œuvre obéissait aux fameux principes de la guerre - économie des forces, concentration des efforts et liberté d’action – qui demeurent identiques à eux-mêmes, comme c’est le cas de leurs facteurs de succès. Aussi, la résolution des problèmes posés par l’application de ces principes, dans des circonstances aussi chaotiques que celles de 1940, demeure riche d’enseignements pour les officiers d’aujourd’hui et permet des comparaisons fructueuses avec les engagements contemporains. Les travaux effectués par les officiers stagiaires de retour à l’École militaire correspondaient à cette manière de voir, qu’ils portent sur « la part de l’audace dans la prise de décision », sur « le lien entre le combat interarmes et la concentration des efforts ou sur « les facteurs de succès et d’échecs qui sont intervenus dans les opérations. »

Les EHT occupent donc une place de choix dans la formation tactique interarmes, dont l’importance pour les futurs brevetés est à l’origine de la ré-internalisation au sein de l’armée de Terre de l’enseignement militaire supérieur du 2e degré.
L’omniprésence de l’aviation dans le ciel de Sedan a par ailleurs été telle en mai 1940, que cette EHT permet de bien préparer les officiers du CSIA à l’étude de l’engagement des forces terrestres dans un cadre interarmées. Il est à noter que le chef du cours d’histoire militaire de l’École de Guerre, où ils approfondiront ce sujet, a participé à l’ensemble de l’EHT.

Un laboratoire de la pensée militaire

Par le croisement des sources d’archives avec des données « terrain » - qui ont peu changé depuis la Seconde Guerre mondiale, par les points de vue complémentaires qu’apportent l’expertise des historiens des opérations et l’expérience des officiers stagiaires, ainsi que les compétences des professeurs de tactique, les EHT constituent un véritable « laboratoire de la pensée militaire ».
Pour cette raison, ces « escapades d’état-major » que les Anglo-Saxons qualifient de staff-rides1 , sont largement ouvertes vers l’extérieur. Outre les auditeurs civils, déjà cités, des historiens français et étrangers, spécialistes de la campagne de 1940, des armements et équipements militaires ou de l’histoire locale y participent fréquemment. Les membres d’organismes faisant ou non partie du CDEC y sont en outre régulièrement invités, qu’il s’agisse du pôle études et prospective, de la division doctrine et du pôle rayonnement ; ou de l’École de guerre, du service historique de la Défense et du SIRPA-Terre.
L’EHT qui sera organisée en 2017 au profit de la seconde session du CSIA 130 pourrait avoir pour objet l’engagement du corps expéditionnaire français en Italie, en 1943-1944, et porter plus particulièrement sur l’offensive de mai 1944 dans le secteur du Garigliano, une opération conçue par le général Juin qui avait tiré d’utiles enseignements de 1940.

1 Ou « chevauchées d’état-major ». Il s’agit en fait de la version anglo-saxonne des Stabsreisen , les voyages d’état-major inaugurés par les Allemands au XIXe siècle. Il est à noter que ces derniers utilisent également l’expression plus précise d’historische Geländebesprechungen pour désigner les EHT.

Sources : CDEC/EMS/CSIA/LCL Christophe GUE
Droits : CDEC/EMS/CSIA/LCL Christophe GUE

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